ADDICTION, CREATION ?
Les drogues amènent-elles un don ? Que donnent-elles ? Ou bien, si nous voulons bien prendre au sérieux cette question, je crois qu’effectivement elle est tout à fait à prendre au sérieux. C'est-à-dire aujourd’hui, peut-être plus encore aujourd’hui qu’hier mais, aujourd’hui, si l'on veut se dégager des propos moralisateurs, qu’ils soient populaires, qu’ils soient policiers, qu’ils soient politiques, chacun bien évidemment ayant sa place et sa fonction, je ne dirai rien sur celle des officiels aujourd’hui… Mais nous, cliniciens, que pouvons nous dire en écoutant les patients de ce que j’appellerais cette Alchimie (avec un grand A) de la drogue. Alchimie si bien représentée par le thème de cette journée, c'est-à-dire par quelle magie les drogues transforment-elles la banale et terne réalité quotidienne en paradis artificiels. Par quels miracles transforment-elles la lourdeur pesante de la vie, le plomb de nos habitudes, nos pensées, nos actions, si répétitivement et invariablement avancées, en ces imaginaires paillettes d’or qui feraient scintiller comme cela, léger, un acte créateur, jusque là absent ou tout du moins endormi ? Et d'abord, est-ce bien vrai ?
Quel est l’apport des drogues ? L'apport des drogues qui pour moi résonnait d’une autre manière et qui, par association, m’a fait penser à ce livre qui a été coordonné par Pierre Kaufmann qui s’appelait "L'Apport Freudien", livre qui était fait sous forme d’un dictionnaire mais d’un dictionnaire un peu particulier, d’un dictionnaire des concepts psychanalytiques.
Alors, cet apport - des drogues -, c’était, comme a commencé de l’évoquer Christian Colbeaux, la question essentielle de Freud à propos de la coca. C’était sa question de départ en 1884 et ce sont vos questions aujourd’hui : qu’apportent les drogues à la création ? Ou, d’une autre manière, que peut apporter la création aux personnes soumises à la drogue, serves (d'asservissement) de la drogue, asservies, adonnées à la drogue ? Bien sûr, je vais évoquer une partie seulement de la passion momentanée de Freud sans oublier, comme le disait Christian Colbeaux, qu’il y a mis un peu le nez. Mais, il avait d’autres préoccupations, notamment dans certains de ses écrits.
En 1884, Freud se demandait : qu’apportent les sels de cocaïne aux soldats bavarois auxquels un médecin de l’armée, le médecin militaire Théodore Aschenbrant prescrivait ainsi -et Freud l’a lu, il l’a plusieurs fois cité dans ses écrits-, il prescrivait un "plus" de résistance et un "plus" d’endurance. Qu’apportent (question aussi de Freud à l’époque) les feuilles de coca aux indiens du Pérou : pour qu’ils travaillent plus, pour qu’ils se fatiguent moins et ceci en se passant fort bien, tout du moins pendant un temps mais le temps du travail et le temps de la production c’est parfois suffisant, de nourriture ?
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Jean-Louis Chassaing