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" Mode de contamination intercurrente dans les addictions", Bernard FILOCHE 'Extrait)
 

Le constat de départ est que nous avons des idées, je dis "on", les hépatologues surtout, ont des idées extrêmement restrictives sur la toxicomanie au départ. Ils ont des idées un petit peu figées. Nous, on est resté à l’héroïne, le sniff ça ne nous concerne pas tellement, si ce n’est que le sniff nous intéresse parce que la paille peut représenter un mode de contamination, surtout s’il y a des plaies qui saignent, la voie orale pas du tout.
Ce que nous commençons à intégrer péniblement dans le milieu pathologique c’est que les pratiques ont changé considérablement durant ces dernières années. Il y a des nouveaux produits qui ont fait leur apparition et dans une enquête récente de l’Institut National de Veille Sanitaire, on s’est rendu compte que l’héroïne, le produit classique, arrive bien derrière le crack, la cocaïne et l’ecstasy, je ne parle pas des mélanges. Il y a des nouvelles manières de consommer, des gens qui sont désinsérés du milieu social classique et les raves parties.

Pour tous ces nouveaux produits, il y a une chose qui est importante c’est qu’il n’y a pas de substitution. Encore une fois, l’hépatologue lui, avait des messages basiques assez faux, qui consistent à dire "on prend en charge quand c’est sevré". Il a eu l’impression d’évoluer énormément en disant "on prend en charge quand c’est substitué". On est resté extrêmement frileux dans nos démarches. Ca, ça marche bien pour l’héroïne où nous avons de la substitution. Pour les autres produits, ça ne marche pas. Et puis, il y a le problème des co-addictions. On a déjà du mal à intégrer les difficultés que pose l’addiction aux drogues intraveineuses, quand c’est poly-addiction, la technique est de régler d’abord les autres addictions et vous reviendrez après…
Tout cela représente des barrières qui sont importantes dans le cadre d’une prise en charge globale. Il y a des choses qui ont été faites et dont on est conscient, je passe rapidement car vous connaissez cela mieux que moi. La substitution à l’héroïne, les stériboxs, paradoxalement, tout cela marchait beaucoup mieux dans la prévention du VIH ou du virus B que dans la prévention de l’hépatite C. Il y a pas mal de séries, pas seulement françaises mais des expériences suisses et belges qui sont tout à fait en phase avec les nôtres, c’est-à-dire que l’incidence du VIH et du VHB a bien baissé, je pense que l’incidence du VHB aurait pu baisser encore plus si on avait maintenu la bonne mesure sur la vaccination, ce qui n’a pas été le cas et le virus C, par contre, stagne. Une chose qui est importante, c’est que les toxicomanes ont une meilleure connaissance, je devrais dire une moins mauvaise connaissance de leur statut virologique vis à vis du virus C. Ils connaissent assez bien pour le VIH, même bien, ils connaissent moyennement le B et ils connaissent vraiment médiocrement le C et cela s’est un peu amélioré ces derniers temps.