Voici une approche à la fois sociologique et ethnologique des toxicos du Nord parisien, ceux dont il est souvent question dans les médias ou dans les échanges attristés du travail social, ces utilisateurs dépendants du crack et de l’héroïne objets de stigmatisation sociale, de chasse répressive et de programmes d’accompagnements souvent plus liés aux représentations politiques, sociales et médicales qu’aux réalités des personnes.
Cette approche par les sciences sociales permet de montrer que ces toxicos sont des humains comme les autres avec leurs plaisirs, leurs quêtes, leurs passions, leurs fantômes aussi, leurs erreurs, leurs échecs. Voici la grande richesse de ce livre : montrer l’humanité des toxs, des défoncés, par une approche et une description neutres de leurs vies et pas simplement par une appellation politiquement correcte d’utilisateurs de toxiques.
Mais qui dit approche neutre ne dit pas enjolivement. La détresse, la déchéance, le vide, la mort sont présents en permanence dans les analyses et les récits. Si les personnes sont situées dans leur humanité, il s’agit bien de personnes en grande souffrance. Rien d’attirant dans le tableau, bien loin des descriptions et des représentations parfois si attirantes à l’égard d’une marginalité si belle. Une ethnologie et une sociologie du désespoir et de la peine, le goût n’étant qu’un lointain souvenir même s’il est toujours présent dans la fugacité de l’instant de la prise.
Reste la question de l’utilisation, de la fonction de ce livre pour les professionnels de l’accompagnement des toxicos. Il est évidemment utile pour qui veut questionner ce qu’il fait, ce qu’il sait et pense par le pas de côté qu’il propose par rapport au registre éducatif ou soignant. Il peut l’être également pour des jeunes professionnels en formation, qu’il s’agisse de formations sociales ou médicales, pour autant que sa lecture soit accompagnée par une personne d’expérience. Car on ne plonge pas ainsi dans le bain de l’extrême souffrance sans guide et sans garde pour soi-même, le risque étonnant et paradoxal de la fascination étant toujours possible. Mais alors, pour qui veut s’en emparer comme outil de formation, quel outil !
François Chobeaux et Pascal Courty