Unité de Recherches et de Formation sur les Drogues

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ADDICTION ET CREATION, A LA RECHERCHE D'OUTILS CONCEPTUELS
POUR UNE THEORISATION
 
Je m’appuierai principalement ici, sur les addictions les plus fréquentes : les alcoolismes, et plus spécialement leur forme non névrotique, les "alcoolites" de Fouquet caractérisées par la prééminence des actes sur l’élaboration psychique et la parole, actes (dont l’acte de boire dont on sait l’aspect destructif), même si, au départ, ils visent, recherchent, fût-ce illusoirement, un mieux être, un apaisement.
Court-circuit du processus élaboratif, l’addiction n’est pas créatrice de symptômes, au sens freudien de formations de compromis entre pulsion et défense, mais, selon Joyce Mac Dougall, d’"actes symptômes" dépourvus du contenu symbolique du symptôme. L’objet d’addiction n’a pas le statut de création de l’objet transitionnel de Winnicot (mixte d’un objet matériel extérieur et d’une projection fantasmatique, d’origine intra-psychique). Joyce Mac Dougall le qualifie d’objet transitoire, soulignant l’incapacité de cet objet à soutenir durablement la fonction de transition, donc devant être sans cesse renouvelé.
Cet activisme de l’homme alcoolique, l’oblige sans cesse à s’occuper, ce qui transparaît dans le "délire d’occupation" de Tausk, le delirium tremens (en français "délire d’action") : un travail interminable, à sans cesse répéter, véritable supplice de Sisyphe.
L’engouement compulsif des alcooliques hospitalisés en psychiatrie pour les ateliers d’ergothérapie, "thérapie active par le travail", opposée par Hermann Simon à l’apragmatisme psychotique, (avec son arrière fond moralisant plus ou moins inconscient : "l’oisiveté est la mère de tous les vices", voire l’humour sinistre du "Arbeit macht frei" - le travail rend libre - inscrit au fronton des camps de la mort) nous a rendus méfiants quant à l’utilisation de l’ "ergo" pour traiter les patients alcooliques, jusqu’à prôner, dans la première phase de l’hospitalisation, une abstinence, voir un sevrage d’activité, au même titre que pour l’alcool. Des patients nous donnaient raison, disant : "il faut me donner quelque chose à faire, absolument, pour m’éviter de penser, autrement je vais m’ennuyer, ou devenir fou, ici, et comme ça le temps passera plus vite sans que je m’en aperçoive".
Beau projet thérapeutique, et un collègue résumait ainsi la devise (inconsciente) des ateliers de ferronnerie et de menuiserie : FER = FAIRE (du verbe à l’infinitif), bois = BOIS ! (à l’impératif). D’où la méfiance vis à vis de ces protocoles de soins trop bien remplis, sans un vide pour le "rien faire", voire "l’ennui".

 

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Jean-Paul DESCOMBEY