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L'AUTODESTRUCTION ET LA CREATION
 
Ce que je vais vous raconter n’a pas à voir avec une pratique directe de sujets dans la toxicomanie, non plus que nombre d’histoires cliniques que j’aurais pu extraire de ma pratique. J’ai choisi de vous parler de quelqu’un que je n’ai pas connu, qui n’est pas venu sur mon divan, qui ne m’a pas demandé quoi que ce soit mais à qui j’ai sans doute moi demandé des tas de choses sans réponse bien sûr.
Ce personnage, les plus jeunes d’entre vous ne le connaissent pas, les plus anciens en ont entendu parler, je pense, c’est Jim Morrison, chanteur des "DOORS". Tu parlais de la génération 68 à un moment, du "flowers power", c’est juste après. C’est un chanteur d’un groupe rock californien.
En tout cas, pour moi, il a condensé une série de problématiques dont je vais essayer de vous parler qui sont quand même en lien avec, effectivement, le thème de la journée. D’une part, il m’a semblé moi, être dans des problématiques qui sont à cheval sur la question de la création et sur la question de l’autodestruction et cela par le biais, d’une part de l’alcool et d’autre part des drogues.
Il avait une création, je vais parfois reprendre un certain nombre de points que tu as évoqué tout à l’heure, ou que Christian Colbeaux a évoqué parce que ça me semble aller dans le fil de ce que je voulais dire. Il associe en tout cas une création poétique, et c’est ça effectivement vers quoi il tendait, plus que d’être reconnu comme une star du rock international, ce qu’il était devenu très rapidement, ce qu’il voulait vraiment, au fond de son désir ce n’était pas ça. Le fond de son désir était d’être reconnu au niveau de l’écriture, c'est-à-dire de la poésie et d’être reconnu en tant que poète.
Alors, je le connaissais moi comme auteur de chanson, il a écrit 90 % des textes de toutes les chansons des "DOORS", et il a participé à certaines écritures musicales. Il a été aidé et étayé par un certain nombre de produits toxiques, dont l’alcool en premier, mais aussi un certain nombre de produits comme la marijuana, le LSD, la cocaïne, les amphétamines. A priori, il aimait bien les cocktails, que ce soit les cocktails alcooliques aussi bien que les cocktails de drogues et il poursuivait une espèce de quête sans fin.
Alors quête sans fin qui, en fait, était une quête des limites, je reviens sur la question des limites dont je vais parler, c'est-à-dire comme s’il était sans arrêt en train d’essayer de renouer, de tenter une ligature avec le registre symbolique et qu’à chaque fois il y avait quelque chose qui lui échappait mais, qu’entre les deux, il y a quand même eu cette question de la création et plus il avançait dans sa vie (qui fut une vie courte, il est mort très jeune), plus il allait vers sa propre destruction, vers l’auto destruction. En tout cas, il avait un besoin quasi vital d’aller jusqu’aux frontières, jusqu’aux limites de lui-même et de tout ce qui l’entourait.

 

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Didier Lauru